Ma colère :
Elle couvait depuis un certain nombre d’années au fur et à mesure que je prenais conscience de la situation de l’Afrique et surtout de son évolution.
Le déclic fut la lecture, dans Jeune Afrique Economie de février 1996, des chiffres suivants :
Pourcentage de bois transformé dans chaque pays : Gabon 7% ; Cameroun : 40 % et Ghana 60 %.
Cette colère était dirigée, non pas envers les grands groupes industriels de nos anciens colons ou des Chinois aujourd’hui, mais plutôt vers nos dirigeants, mes frères africains et moi-même.
Un pays comme le Gabon, potentiellement riche avec ses forêts et ses ressources minières, reste pauvre parce que, je le dis au risque de me faire détester, aucune valeur ajoutée n’est apportée aux matières premières précieuses de ce pays. Et pour cause : l’idéal d’un Gabonais est d’être employé dans une entreprise ou une administration pour profiter de la manne sans avoir à mettre la main à la pâte. Tous les métiers manuels sont exercés par des étrangers venus des autres régions de l’Afrique et la richesse du pays est partagée au mieux par quelques familles.
Je fais une analogie entre le Gabon et d’autres grands producteurs de pétrole où les ressources financières sont aussi exagérément concentrées entre les mains de certaines familles qui en font un usage discutable, comme on peut le voir dans les médias. La différence avec le Gabon (mais aussi l’Algérie et d’autres pays du tiers monde au sous-sol riche) est que le pays ne se développe pas. Le contexte politique en est responsable mais c’est un débat compliqué dans lequel je ne veux pas rentrer maintenant.
Par contre, ce qui m'impressionne c’est de voir un pays comme le Ghana, mon voisin, continuer d’avancer tant sur le plan politique qu’économique. Je ne suis plus en colère depuis quelques années grâce à cet exemple. Le peuple ghanéen est plus travailleur, plus manuel, et aspect positif de la colonisation anglaise, plus entrepreneur que le peuple gabonais.
Je ne suis plus en colère parce qu’à mon humble niveau j’ai développé une technique pour apporter de la valeur ajoutée aux bois tropicaux. Je me réjouis du fait que ma colère soit créatrice.
Je ne suis plus en colère, car avec Christine D., une collègue et amie, je passe des heures à apprendre à réaliser des ouvrages de cartonnage, futurs supports de mes mosaïques. J’ai l’intention d’aller transmettre ce savoir-faire au Togo dans un proche avenir.
Je ne suis plus en colère, depuis qu’il y a 3 ans, j’ai vu des élèves, de sixième pour qui j’animais un petit atelier d’une heure par semaine, heureux de faire de la mosaïque et de la géométrie à la fois.
C’est aussi avec beaucoup de bonheur que j’ai vu une vingtaine d’élèves de mon collège, filles et garçons de tout âge, réaliser de beaux ouvrages de leur propre composition, entre midi et deux heures.
J’ai participé à une petite dizaine d’expositions artisanales en 2010, et cela me laisse espérer que mes produits peuvent plaire. Il ne me reste plus qu’à travailler davantage, à trouver des gens plus compétents pour élargir la gamme de produits et surtout à avoir à l’esprit ce propos de Nelson MANDELA : « Après avoir gravi une haute colline, tout ce qu’on découvre, c’est qu’il reste d’autres collines à gravir ».